Manifeste – Une Aube Boraine ou de l'”Art Contemborain”

C’est Rencontrer :

Depuis que nous avons débuté nos marches, nous n’avons cessé de croiser et d’inviter des gens, des borains, des groupes musicaux, sportifs, des piliers de comptoirs, des enfants qui chantent, qui slament, des vieux qui racontent la souffrance et la joie.

Nous avons surtout rencontré une soif de parole énorme, débordante des années de frustration et de silence.

Comme reverdissent les terrils, quelque chose d’un nouveau souffle apparaît dans cette région qui a vu naître dans les années 1825, les premiers puits de mine qui lanceront la révolution industrielle et ainsi feront de la Wallonie, la région la plus prospère du monde.

Ce sont les pas des soubassements et des ressacs de cette histoire essentielle pour comprendre notre présent, que nous voulons suivre…

En Marche.

C’est Transmettre :

Depuis les 25 ans que Lorent Wanson a commencé son chemin au plus près des blessures du quotidien, que ce soit à Bruxelles, à Belgrade, à Kisangani, à Santiago de Chile, à Kaboul, et dans les ateliers qu’il a essaimés tant dans le Borinage que dans bien des régions de Wallonie, de Flandre, ou du monde, toute sa philosophie s’est basée sur le partage des expériences et des savoirs.

La transmission ne peut jamais se faire dans un seul sens.  Les vieux ont à apprendre des jeunes, les artistes ont à apprendre des gens, les professeurs et animateurs ont à apprendre de leurs élèves, ainsi de suite et inversement.

De la structure de production au travail pratique sur le terrain, nous sommes animés de ce tricot infini à coudre.

Du temps où des pensionnés racontent la vie de leurs petits-enfants au temps où ces enfants racontent le quotidien passé de leurs vieux.

Le présent ne se comprenant qu’à l’aune de l’Histoire et celle-ci ne faisant écho que si elle est revisitée par le présent le plus tangible…

En Marche.

C’est Participer :

Le maître mot de notre démarche est la citoyenneté et celle-ci ne peut s’opérer qu’en créant des espaces.  C’est pourquoi nous tenons à articuler des liens imprévus.

Des pièces de théâtre se préparent dans des buvettes.  Et des démonstrations sportives dans des théâtres et centres culturels.

La participation ainsi s’organise à divers étages Tant dans l’organisation d’ateliers de longue haleine, celle de semaines de travail intensif, celle de rencontres, de théâtre d’appartement avec des petites présentations pour susciter et exciter les témoignages.

Celle ensuite de la prise de parole directe à toute occasion, lors de nos apéro-rencontres, avec la mise en place de studio de campagne où enregistrer les témoignages par l’image ou le son, par le fait de proposer à des ensembles musicaux divers de collaborer en adaptant des musiques composées par nous, ou à des ensembles musicaux reconnus et célèbres de s’approprier le répertoire musical, théâtral ou plus généralement la culture métissée du Borinage…

En Marche.

C’est répéter et créer :

Une des thématiques principales d’Une aube boraine est la relation que nous avons au temps.

Nous vivons dans des temps d’urgences qui ne permettent à aucun projet conséquent d’aboutir, tant au niveau artistique, qu’au niveau sociétal.

Nous souffrons de ne pas avoir le temps du recul, le temps de simplement vivre, de renouveler notre regard sur ce qui nous paraît insignifiant et qui néanmoins est notre richesse profonde.

Répéter, c’est créer une forme de rituel qui s’incarnera à un moment donné.  Ce sont des rythmes donné à la vie.  Une répétition est un endroit de réunion important, presque de communion.  Aucun des projets d’Une aube boraine n’a de fin en soi.

Nous voudrions profondément créer de la pérennité :

Qu’une procession païenne abandonnée dans le Borinage depuis plus d’un siècle se réinscrive dans le quotidien.

Que, comme avec l’équipe des All Blacks de rugby de Nouvelle-Zélande, nous inscrivions durablement ce que nous appelons un « Ha-Cra Borain ».

Que nos apéros-rencontres ne s’arrêtent pas à l’Aube boraine, mais se perpétuent.

Nous voudrions enfin que les spectacles qui sortiront de nos expériences, vivent leur vie autonome et qu’ainsi le Borinage se déplace, en  Wallonie et dans le monde.

Nous rêvons qu’Une aube boraine soit un concept qui dépasse le Borinage.

Qu’il soit le point de départ d’une reprise de parole de la société entière.

Nous voudrions pour se faire, produire et créer des projets d’une très haute exigence artistique et d’une grande probité.

Créer, c’est avant tout rendre l’impossible possible, l’imaginaire tangible et c’est « sacraliser » le présent.

Notre ambition est là, toute entière :

Répéter, recréer des habitudes, des rituels et sacraliser, tout en le démystifiant, l’instant…

En Marche.

C’est Partager la parole :

Nos apéros-rencontres ne sont rien d’autres que des rendez-vous.

Chacun y vient avec ce qu’il est.  Personne ne lui demande de jouer un rôle.

L’horizontalité manque ostensiblement à notre modèle de société.

Plus personne ne sait qui représente qui.  Les gens élisent des gens qu’ils estiment ne plus les représenter, tant au niveau politique, qu’au niveau syndical, qu’au niveau associatif.

Partager la parole, c’est aussi accepter que cette parole soit dérangeante, périlleuse, c’est écouter les frustrations et les espoirs, les souvenirs et les projets.

Nous espérons ne jamais instrumentaliser les paroles, et ne jamais empêcher les débats.  Nous voulons sortir du malaise sociétal par le haut, et pas par la négociation des espoirs déçus.

Nous pensons que force et fragilité ne s’affrontent pas mais se conjuguent, que l’intelligence ne se trouve pas seulement dans ceux qui manient le verbe, mais dans toutes les expériences…

En Marche.

C’est Fêter :

Chacune de nos opérations doit se terminer par la fête.

Tant les spectacles, que les projets participatifs, que les apéro-rencontres, doivent ouvrir et non se clôturer.

Ceux qui étaient spectateurs doivent rejoindre ceux qui étaient acteurs pour partager la troisième mi-temps.

Communiquer une émotion ou un rejet ou un doute ou un emballement doit faire intrinsèquement partie de notre démarche.  L’après est aussi fondamental que le pendant et nous voudrions que cet après devienne lui-même un pendant.

Les événements ne sont pas seulement la rencontre avec des œuvres, mais tout ce qui l’entoure.

Notre manière de fêter, nous la voulons dès l’annonce de nos événements, jusqu’à l’après.

Nous voulons concevoir l’ensemble de ce projet comme une promenade continue où les objets ne sont plus que de la matière à la fête du sens, de la démocratie, et du partage des expériences…

En Marche.

C’est Essaimer :

Une aube boraine se conjuguera par une quinzaine d’activités artistiques et participatives autonomes, dont nous espérons qu’elles suivront leur chemin.

Nous voulons tout autant que notre projet fermente des choses dans le Borinage lui-même, qu’il emmène le Borinage partout ailleurs.

Sans doute un spectacle final verra-t-il le jour, mais il ne sera que le témoignage d’une plongée joyeuse dans la vie, le spectaculaire et l’intime, que des expressions diversifiées d’une parole qui veut jaillir, et c’est bien la vivacité de cette parole que nous voulons communiquer tant localement qu’en dehors.

Pour faire ce projet, nous nouons des contacts avec une multitude d’organismes  et de gens de tous types.  Tout le monde à la fin sera, à sa mesure, comme ambassadeur du tout.

Une aube boraine, ce n’est que l’essai d’un réseau imaginaire et improbable dont le but ultime est de semer les germes d’une chose qui la dépassera…

En Marche.

Lorent Wanson