Kalach’ par Julie Jaroszewski

FABLE : Prise d’otage un soir de première d’une terroriste wallone immigrée en Andalousie sous le nom de « La Niña del Atomium » (La petite fille de l’Atomium), à la recherche d’un son nègre. En faisant le chemin du chant au champs, de génération en génération, de nègre de maison en nègre des champs, de gueules noires charbons en sueur de peur, de choeur en chansons, peu à peu le patriotisme exacerbé dans son martyre se craquelle et laisse apparaître la blessure et la fragilité d’une acculturation. Dans le voyage de sa rencontre avec l’autre, andalous, gitans, immigrés chiliens, burkinabés, chanteurs des blues ainsi que dans la rencontre avec le public -devenu par la complicité du théâtre et de la situation, des otages- émerge la nécessité de rentrer chez elle, en Wallonie, auprès de la langue et des champs/chants de sa grand-mère.

 

Kalach’ nait tout d’abord d’une longue collaboration entre Lorent Wanson et Julie Jaroszewski, commencée sur les « bancs » de l’INSAS, poursuivie au Théâtre National, reprise dans le cadre du projet culturel et participatif  Une Aube Boraine. C’est le temps d’une maturation entre ces deux artistes, de questions laissées en friche pendant dix ans, et une envie de dire ensemble autour d’obsessions communes : la culture populaire, le chant, les laissés pour compte de l’histoire, les histoires tues et la violence des rapports de domination.

Le titre initial du projet s’appelait « Des Voix et des Voies », Lorent Wanson avait demandé à  Julie Jaroszewski, dans le cadre du projet Une Aube Boraine, de raconter les routes des chemins empruntés de part le monde et dans la rencontre des cultures populaires, dans l’apprentissage de leurs chants et histoires. En quoi, cela l’avait elle ramené chez elle ? Et où était ce chez soi ?  En quoi la résistance des peuples au Nicaragua ou au Burkina Faso face à l’impérialisme, dans ses formes d’organisation culturelles, l’avait-elle amené à constater son acculturation et le linguicide opéré à l’encontre de la langue de ses grands parents : le wallon. Quels avaient étaient les mécanismes silencieux de colonisation à l’oeuvre ?

Car s’il est bien une chose qui nous rassemble aujourd’hui, à l’heure des grands débats sur l’identité nationale, c’est la manière à « faire peuple ». À trouver les endroits où nos histoires nous rassemblent plutôt que nous divisent.

Kalach’, se veut donc une tentative d’articulation d’éléments de recherche sur ces questions contemporaines par la force du rire et du chant. Car si Kalach’ est un texte, où le jeu de la situation de base est donné de manière burlesque, par la prise d’otage, c’est aussi un concert, où par le chant, émerge les corps des peuples oubliés, les rêves d’internationalisme déchus, et où seule la musique encore est capable de rassembler au-delà du signifiant en faisant choeur.

 © Cédric Legoulven
© Cédric Legoulven

Biographie Julie Jaroszewski

Formée à l’INSAS, Julie Jaroszewski commence de nombreuses collaborations avec des musiciens. A sa sortie de l’école, elle joue, entre autres, avec Lorent Wanson, Armel Roussel, et tourne sous la direction de Stéphan Liberski. De retour d’un long séjour à Londres où « par hasard » elle sera chanteuse dans un club de Jazz, Julie décide de se laisser aller à ses envies de musique… Elle travaille avec de grands noms du jazz en Belgique et en Angleterre puis fonde Furia avec Philippe Tasquin où elle chante la soif de justice et les cris pour l’émancipation des peuples. Artiste pluri-disciplinaire elle voyage depuis plusieurs années entre musique, théâtre et le cinéma et crée en 2010 au théâtre Varia son premier spectacle. Son documentaire Standards co-réalisé avec Maxime Pistorio, et la mettant en scène dans le monde du jazz, a été diffusé internationalement dans les plus prestigieux festivals de cinéma (Rotterdam, FID…).