Présentation

Le Théâtre Epique est la compagnie du metteur en scène, auteur et pédagogue Lorent Wanson.

Depuis 30 ans, Lorent Wanson tente avec ses projets de « donner la parole à ceux qu’on n’entend pas ». Ligne rouge de ses création théâtrales, qui traversent à la fois le répertoire et la création en immersion (et ce sur 4 continents à ce jour).

Il monte en 1996 au Théâtre National de Bruxelles  «Un ennemi du peuple » d’Henrik Ibsen, (pour lequel il reçoit le « prix du théâtre » en Belgique pour le meilleur spectacle). Bien que ce spectacle remplisse les salles, il constate que toutes les strates sociales ne sont pas représentées dans le public de théâtre et entreprend de partir à leur rencontre par le biais de la création théâtrale.

« Ce spectacle qui débattait de la démocratie, n’était finalement partagé qu’avec une frange d’« initiés », de convaincus. Mais il me semblait que pour que le spectacle puisse avoir toute sa portée, il fallait que le public se diversifie, que le frottement du débat se trouve là, que les spectateurs deviennent des partenaires de jeu, et pour cela, il fallait trouver des moyens de les attirer. » Lorent Wanson

Il créé donc  «Sainte Jeanne des Abattoirs» de Bertolt Brecht, en coproduction avec le Centre dramatique du Hainaut, le Théâtre National,  le Théâtre de la Place, le Phénix, Scène Nationale de Valenciennes en 1998. Il rencontre Laurence Van Oost du Centre culturel de Colfontaine où il créé le spectacle, en ouvrant largement les portes des répétitions aux classes, syndicalistes, retraités ou encore des membres d’un cours de tricot…  L’équipe artistique propose partout où cela est possible des « projets de Crise », dans les cafés, dans les bureaux de chômage…autant d’interventions pour susciter les discussions, et propager une rumeur : celle que le lieu de création théâtral est en fait ouvert à tous… ces publics, qui habituellement désertent le théâtre, se sont déplacés pour assister aux 4 heures de ce spectacle au Centre culturel du Hainaut.

Lorent Wanson se trouve alors face à un hiatus: le plateau, et le discours de Brecht, finissaient tout de même par prendre le pouvoir sur les gens et à leur faire un peu la leçon.

Il travaille alors dans le cadre de Bruxelles 2000 Capitale européenne de la culture, sur un projet en partenariat avec l’association ATD Quart monde et le Théâtre National pour cette aventure si particulière qui mêlaient des familles défavorisées, les âges allant de six mois à 70 ans et des artistes professionnels : « Les Ambassadeurs de l’ombre ».

Et là, démarra un processus de réflexion et de pratique qui l’occupe toujours aujourd’hui: prendre le temps de la rencontre et de l’écoute des gens, de la compréhension de plus en plus organique des difficultés et des contradictions auxquelles ils font face, processus qui amène à rendre les mots d’ordre idéologique caducs, par rendre les «IL FAUT» désuets.

Ce spectacle fût à sa création un vrai choc dans le théâtre belge, pas seulement francophone, car il remettait en question la notion du droit à la parole, du droit à sa culture propre. Il était un chantier où se partageaient des modes de pensée, de culture, de pratiques, de langages différents qu’il fallait faire résonner ensemble comme un chant à la vie. Ce n’était pas un spectacle douloureux sur la misère sociale, mais un appel d’air à une compréhension plus sensible des difficultés.  Un espace de partage des savoirs. Ce qui se passait alors dans les salles était bouleversant: le public habitué de théâtre et les familles venues voir leurs proches se prenaient par la main pour aller d’une salle à l’autre dans ce spectacle itinérant… L’essentiel était enfin là: les gens ne sortaient pas des ambassadeurs de l’ombre comme ils y étaient entrés.

Depuis, Lorent Wanson travaille à des formes théâtrales où les comédiens racontent et évoquent le réel. Un théâtre ludique et populaire où l’essentiel serait la récolte et la restitution la plus honnête possible, avec les moyens les plus inventifs d’une forme de théâtre à renouveler sans cesse.

Ce type d’expérience de longue haleine s’est renouvelé par 4 fois sur les 15 ans qui ont suivi: en alternance avec  des spectacles de répertoire contemporain comme « En attendant Godot » de Beckett  ou « Les Bonnes » de Genêt, des spectacles de répertoire classique comme « Le roi Lear » de Shakespeare, dans une nouvelle traduction de Françoise Morvan et mon ami André Markowicz, du théâtre musical comme « Maria de Buenos Aires » de Astor Piazzola, et des auteurs francophones comme Jean-Marie Piemme (On dirait des vrais) ou Jean Louvet (Un Faust), et ce dans à peu près toutes les institutions théâtrales en Belgique francophone.

Ses projets en immersions l’ont d’abord mené en ex-Yougoslavie, avec le spectacle «Trous/Rupe/Gaten» de 2002 à 2004, coproduit par Théâtre Épique, le Théâtre National, son pendant flamand le KVS et le Théâtre National de Belgrade, où des acteurs wallons, flamands, français, serbes et macédoniens accompagnaient des victimes directes des conflits: ex militaires, jeunes roms déplacés, veuves, plus d’une trentaine de personnes sur le plateau…« La première manifestation d’une grande catharsis nationale » titrait le journal serbe Reporter.

Ce fût ensuite le Congo avec le spectacle «Africare », produit par le manège.mons/centre dramatique : une immersion de 2 ans qui regorgeait, malgré les récits terribles, d’une énergie vitale énorme. 5 acteurs-danseurs étaient les ambassadeurs d’une grosse centaine de participants qui racontaient par écran interposés leur histoire commune. Face au public, des chœurs quasi antiques composés tour à tour de prostituées, d’enfants des rues, de jeunes femmes violées en temps de guerre.  Être en face à des vivants en reconstruction. Ce spectacle a traversé 4 continents depuis sa création à Kisangani en République démocratique du Congo jusqu’à Santiago de Chile, où le directeur du Centro Cultural Matucana 100, Ernesto Ottone, actuel ministre de la culture du Chili proposa de faire venir le spectacle.

Il entame ensuite une immersion au Chili, qui aboutit au projet « Historia Abierta », réalisé avec la collaboration d’artistes plasticiens, de compositeurs de renom, et de centaines de témoins. Le spectacle se charpentait autour des origines personnelles des 8 acteurs pour se ramifier ensuite à l’ensemble syncrétique de la population chilienne.  Le sujet du spectacle était la relativité de l’Histoire: il s’agissait d’une mosaïque de témoignages retissant l’histoire du Chili,  et d’où qu’on soit,  l’Histoire se perçoit fatalement différemment. Nos coups d’états sont-ils tous les mêmes, nos rituels quotidiens, nos silences?  Notre hypothèse était: L’Histoire est ouverte, à nous d’en écrire la suite…

Enfin, dans le cadre de Mons 2015, Capitale européenne de la culture, il  a lancé une vaste opération artistique et participative qui a duré 3 années entières dont le cœur fût de nouveau le centre culturel de Colfontaine près de 15 ans après les premières répétitions ouvertes de « Sainte Jeanne ».  Ce fût une multitude d’événements, d’interventions poético-citoyennes et de spectacles nourris de rencontres dans cette ex région minière sinistrée de Belgique.